Courtage et vente de yachts

Les prochains débouchés du courtage nautique

Photo d'Arno Senoner (@arnosenoner) sur Unsplash

On peut créer un nouvel acheteur de yacht en un après-midi. Mais il faut des années pour mettre en place un marché du yachting qui fonctionne. Cette distinction est importante lorsque les courtiers décrivent l’Asie, le Golfe et l’Inde comme les prochains pôles mondiaux du yachting. Ces régions disposent d’une fortune privée considérable, de projets immobiliers ambitieux en bord de mer et d’un engouement croissant pour un luxe axé sur l’expérience ; pourtant, la possession d’un yacht dépend d’une infrastructure moins visible que le yacht lui-même. Un client a besoin d’un endroit où amarrer son yacht, de techniciens capables de l’entretenir, d’un équipage disposé à vivre sur place, de conseillers familiarisés avec les questions fiscales et d’immatriculation, ainsi que d’une voie réaliste vers la revente lorsque la période de propriété prend fin.

C'est pourquoi les marchés naissants du yachting évoluent rarement de manière linéaire. Un salon nautique couronné de succès peut générer des demandes de renseignements sans déboucher sur des transactions, tandis qu'une nouvelle marina peut attirer des yachts de passage sans pour autant parvenir à établir un marché local de courtage. À l'inverse, un pôle de services bien connecté peut stimuler la demande, car il élimine d'un seul coup plusieurs obstacles pratiques à l'acquisition d'un yacht.

Le marché mondial est également moins dynamique que ne le laissent supposer les prévisions de croissance générales. Les ventes de super-yachts se sont modérées depuis les conditions exceptionnelles de 2021, année où les faibles taux d’intérêt, la richesse accumulée et le manque d’alternatives pour les déplacements privés avaient généré une demande exceptionnellement forte. À l’aube de 2026, le marché se montre plus sélectif. Les acheteurs prennent davantage de temps, comparant les yachts d'occasion récents aux nouvelles constructions semi-personnalisées et examinant de plus près les coûts d'exploitation.

Dans ce contexte, l'opportunité qui se présente dans les régions émergentes ne consiste pas simplement à vendre davantage de yachts. Il s'agit plutôt de mettre en place les structures locales qui permettront de justifier le fait d'être propriétaire une fois l'euphorie de la livraison passée.

Le Golfe n'est plus seulement une source d'acheteurs

Le Moyen-Orient compte depuis longtemps d'importants propriétaires de yachts, mais la plupart des activités de courtage, de gestion et d'entretien liées à ces yachts restaient traditionnellement concentrées en Méditerranée. Cela commence à changer.

Les Émirats arabes unis ont investi dans des ports de plaisance, des chantiers navals, des quartiers en bord de mer et des services professionnels visant à maintenir une plus grande partie du cycle de propriété au sein de la région. Dubaï et Abou Dhabi sont désormais en mesure d’accueillir des navires plus grands, en offrant des infrastructures d’accueil, d’approvisionnement et techniques plus performantes qu’il y a dix ans, tandis que les constructeurs régionaux bien établis confèrent au marché une dimension industrielle plutôt que purement grand public.

Cette tendance commerciale se reflète de plus en plus clairement dans les carnets de commandes des chantiers navals. Le Moyen-Orient et la région Asie-Pacifique représentaient ensemble 31 % du carnet de commandes d’Azimut Benetti en 2025, contre 23 % l’année précédente. Le groupe Ferretti a également réalisé près d’un quart de ses prises de commandes de 2025 au Moyen-Orient et en Afrique, bien que la valeur absolue ait reculé par rapport à l’année précédente. Ces chiffres témoignent d’une demande significative, mais expliquent également pourquoi la croissance régionale ne doit pas être présentée comme ininterrompue.

Les acheteurs du Golfe ne présentent pas un profil homogène. Certains clients recherchent des yachts à moteur de grand tonnage, conçus pour une utilisation familiale élargie et pour recevoir, tandis que d’autres font leurs premiers pas avec des modèles de série plus petits, des bateaux de plaisance ou des bateaux de location. L’intimité, le volume intérieur, la puissance de la climatisation, les espaces extérieurs ombragés et la capacité à naviguer confortablement par fortes températures peuvent s’avérer plus importants que les hypothèses inspirées d’une utilisation méditerranéenne.

Les courtiers exerçant dans la région doivent également comprendre le rôle social du yacht. Un bateau peut en effet être utilisé principalement pour des sorties locales le week-end, des réceptions d’entreprise ou des réunions de famille, plutôt que pour de longs itinéraires estivaux. Le modèle le plus adapté n’est donc pas nécessairement celui qui bénéficie de la meilleure valeur de revente à Monaco ou à Antibes.

La faiblesse du Golfe réside toujours dans son caractère saisonnier. La chaleur estivale extrême limite la possibilité de naviguer confortablement dans la région, ce qui incite de nombreux grands yachts à passer une partie de l’année en Méditerranée. Il en résulte un modèle de propriété à deux régions, qui entraîne des coûts supplémentaires liés au transfert, à l’équipage, à l’assurance et à la préparation technique.

Pour les acheteurs, la question n’est pas de savoir si le Golfe est devenu un port d’attache fiable, mais si le yacht et le plan d’exploitation ont été conçus pour permettre des déplacements entre deux saisons très différentes.

L'Arabie saoudite offre une envergure avant même d'avoir atteint sa maturité

L'Arabie saoudite dispose des ressources et du littoral nécessaires pour devenir un marché important dans le domaine du yachting, en particulier le long de la mer Rouge. Les projets touristiques, les nouveaux complexes hôteliers et les investissements dans les ports de plaisance donnent naissance à des destinations qui, il y a quelques années encore, n'existaient pratiquement pas en tant qu'offres de loisirs internationales.

Le potentiel touristique est considérable. La mer Rouge offre des eaux chaudes, des sites de plongée, des îles et de vastes côtes, loin des itinéraires méditerranéens les plus fréquentés. De grands projets touristiques pourraient également donner lieu à des expériences intégrées, dans lesquelles hôtels, résidences, ports de plaisance et services nautiques se développeraient de concert.

Pour les courtiers, cependant, il ne faut pas confondre les infrastructures prévues avec un écosystème de navigation déjà établi. Il est possible de trouver des places d’amarrage dans un complexe phare, mais les capacités de réparation, l’approvisionnement, la gestion des locations et la connaissance des itinéraires de navigation locaux restent limités ailleurs. Un acheteur qui envisage d’utiliser son yacht de manière permanente dans une région donnée a besoin d’une carte opérationnelle détaillée, et non d’un aperçu général des investissements nationaux.

La réglementation constitue un autre aspect pratique à prendre en compte. Les autorisations d'affrètement, les formalités douanières, les visas de l'équipage, la réglementation relative à l'alcool et l'accès à certaines zones de navigation peuvent avoir une incidence considérable sur l'expérience des propriétaires. Ces dispositions sont susceptibles d'évoluer rapidement à mesure que le marché se développe, ce qui rend indispensable de se faire conseiller par des experts locaux.

L'Arabie saoudite pourrait devenir l'un des marchés les plus prometteurs du secteur, mais il s'agit encore d'un marché en pleine formation. Les opportunités les plus intéressantes à court terme pourraient résider davantage dans la gestion, le courtage, la formation et la prestation de services que dans les seules transactions de courtage.

La Turquie est devenue à la fois un marché d'achat et un pôle de production

La Turquie est parfois classée parmi les marchés émergents du yachting, bien qu'elle dispose déjà d'un secteur nautique bien établi. Son véritable atout réside dans la combinaison de plusieurs facteurs : la construction navale, l'expertise en matière de rénovation, les possibilités de navigation et une clientèle nationale en pleine expansion.

Les chantiers navals turcs ont largement dépassé le stade de la construction à bas coût. Ils sont désormais présents sur le marché des super-yachts en acier et en aluminium, des projets sur mesure, des navires d'exploration et des bateaux à la pointe de la technologie, tandis que leurs installations de rénovation bien établies attirent des armateurs internationaux. La place du pays dans le carnet de commandes mondial ne cesse de gagner en importance, grâce à des coûts de production compétitifs et à un vaste vivier d'expertise maritime.

Pour les sociétés de courtage, cela ouvre plusieurs sources de revenus autour d’un même client. Un acheteur peut acquérir un yacht, commander une remise en état, souscrire un contrat de gestion et effectuer des croisières locales sans pour autant transférer immédiatement le bateau en Europe occidentale.

La côte turque offre également un exemple concret très convaincant. Bodrum, Göcek et l'ensemble de la région égéenne allient des itinéraires de croisière attrayants à des ports de plaisance bien établis, des flottes de bateaux de location et une offre hôtelière de qualité. Par rapport à la Côte d'Azur ou au nord de la Sardaigne, les coûts d'exploitation et d'hébergement peuvent rester plus abordables, même si les places d'amarrage et les services haut de gamme peuvent tout de même s'avérer onéreux en haute saison.

La volatilité des devises et la complexité réglementaire exigent une gestion rigoureuse. Les contrats, le traitement de la TVA, le statut des importations et les modalités de paiement nécessitent l'avis d'un spécialiste, en particulier lorsque l'acheteur, la société propriétaire du yacht, le chantier naval et la zone de croisière relèvent de juridictions différentes.

L'atout de la Turquie réside dans le fait que les infrastructures, la production et une véritable culture nautique y sont déjà bien ancrées. Le pays n'attend pas simplement que la prospérité se traduise par une demande.

L'Asie du Sud-Est dispose des conditions géographiques nécessaires, mais ne dispose pas encore d'un marché unifié

L'Asie du Sud-Est semble être la destination idéale pour la navigation de plaisance : des milliers d'îles, des eaux chaudes, des côtes spectaculaires et des destinations de luxe bien établies. Le problème, c'est qu'elle ne constitue pas une région de croisière homogène.

La Thaïlande a mis en place l'offre de location et de services la plus complète, notamment dans la région de Phuket. Elle propose des ports de plaisance, des chantiers de réparation, des équipages expérimentés et un accès à la mer d'Andaman, ce qui en fait l'un des points d'entrée les plus pratiques pour les propriétaires internationaux.

Singapour joue un rôle différent. Son intérêt réside davantage dans la gestion de patrimoine, les services professionnels, la connectivité et la coordination régionale que dans l’offre d’un vaste territoire de croisière national. La ville peut servir de base financière ou de gestion pendant que le yacht navigue ailleurs en Asie du Sud-Est.

L'Indonésie offre des croisières exceptionnelles, en particulier pour les propriétaires passionnés de plongée, d'exploration et de destinations isolées, mais les distances sont importantes et un accompagnement local spécialisé est indispensable. Le yacht doit disposer d'une plus grande autonomie, d'une planification d'expédition compétente et d'attentes réalistes en matière d'approvisionnement et d'assistance technique en dehors des principaux centres.

La Malaisie peut favoriser les déplacements régionaux grâce à certaines marinas et à des coûts d'exploitation plus abordables, tandis que des destinations telles que le Vietnam et les Philippines présentent un potentiel à long terme, mais continuent de présenter des disparités en matière d'infrastructures et de réglementation.

Cette fragmentation modifie le rôle du courtier. La vente du yacht n’est qu’un début ; les clients ont besoin d’une planification d’itinéraire, de conseils en matière d’importation et de navigation, de relations avec des agences locales, ainsi que de l’assurance de pouvoir bénéficier d’une assistance technique lorsque le navire se trouve loin d’un grand chantier naval.

Un yacht méditerranéen classique peut également s'avérer mal adapté à cette région. Les longues distances, les conditions tropicales, les fortes précipitations et les mouillages isolés favorisent l'autonomie, une climatisation performante, des espaces de rangement, des espaces extérieurs ombragés et des annexes fiables. L'autonomie et l'assistance technique peuvent s'avérer plus importantes que le prestige des ports de plaisance.

Hong Kong reste une ville riche, mais confrontée à des contraintes opérationnelles

Hong Kong dispose d'un important patrimoine privé, d'une longue tradition maritime et d'une communauté dynamique de propriétaires de yachts. Ce marché devrait figurer parmi les plus dynamiques d'Asie en matière de courtage, mais la capacité d'amarrage limitée et les obstacles réglementaires continuent d'entraver son expansion.

Les places d'amarrage sont rares, en particulier pour les grands bateaux, et les listes d'attente ou les prix élevés peuvent rendre l'acquisition d'un yacht difficile, même pour les clients qui ont largement les moyens de s'offrir le bateau lui-même. Cela montre pourquoi les données sur la richesse ne suffisent pas à elles seules à prédire l'évolution du marché.

Hong Kong conserve néanmoins son importance sur le plan commercial, car elle offre une expertise en matière de courtage, un réseau de relations clients et un accès à la région. Les acheteurs peuvent choisir de garder leurs navires ailleurs ou d'utiliser Hong Kong comme base de décision lorsqu'ils naviguent en Asie du Sud-Est, en Chine continentale ou en Méditerranée.

Pour les courtiers, la première question à se poser concerne la disponibilité des places d'amarrage. Recommander un yacht plus grand avant d'avoir confirmé où il pourra être amarré risque de transformer un achat de rêve en un véritable casse-tête logistique.

Il en va de même pour la revente. Un yacht conçu spécifiquement pour les eaux et les préférences locales peut avoir un cercle d'acheteurs internationaux plus restreint, tandis qu'un bateau destiné à une utilisation régionale et en Méditerranée doit présenter des caractéristiques techniques acceptables sur ces deux marchés.

La Chine reste un marché potentiel plutôt qu'un marché prometteur

Depuis plus d'une décennie, la Chine figure régulièrement dans les prévisions annonçant une explosion de la demande de yachts. La richesse privée et le littoral du pays viennent étayer cette théorie, mais le nombre de propriétaires a augmenté plus lentement que ne l'avaient prévu de nombreuses marques internationales.

Parmi les obstacles, on peut citer le manque d'infrastructures portuaires, la complexité de la réglementation, les coûts élevés liés à l'importation de certains bateaux et une tradition culturelle moins ancrée de la navigation de plaisance privée dans de nombreuses régions. L'incertitude économique générale et la critique à l'égard du luxe ostentatoire ont également pesé sur la demande.

Cela ne signifie pas pour autant que la Chine soit hors jeu. Cela signifie simplement que l’accès à ce marché se fera probablement de manière progressive et variera selon les régions. Les bateaux d’excursion, les petits yachts à moteur, la voile, les clubs et le tourisme intérieur pourraient contribuer à développer l’intérêt pour ce secteur avant que le marché ne soit en mesure d’accueillir un grand nombre de super-yachts privés.

Hainan et certaines villes côtières continuent de développer leur offre dans le domaine du yachting, tandis que les capacités de construction navale de la Chine confèrent au pays un potentiel en matière de production. Les courtiers doivent toutefois faire la distinction entre les mesures annoncées, le nombre de visiteurs lors des événements nautiques et les transactions conclues.

Un partenaire local est indispensable, mais cela ne suffit pas. Le courtier doit également disposer d’informations claires concernant l’immatriculation, l’importation, l’accès au poste d’amarrage, les autorisations d’exploitation et l’usage que le client compte faire du bateau. Sans ces éléments, l’importance de la population aisée reste largement théorique.

L'Inde compte des acheteurs, mais dispose d'une infrastructure opérationnelle limitée

La création de richesse en Inde en fait une cible évidente pour les secteurs du luxe, mais son marché du yachting reste relativement modeste. Mumbai, Goa et certaines régions côtières favorisent la pratique de la navigation de plaisance, mais la capacité des ports de plaisance, les procédures douanières, l’entretien et la réglementation en matière d’affrètement ne sont pas encore suffisamment développés pour répondre aux besoins d’un marché de propriétaires à grande échelle.

Les clients indiens achètent bel et bien des yachts, mais ceux-ci sont souvent basés en Méditerranée ou dans un autre pôle maritime bien établi, plutôt que dans leur pays. Cela offre des opportunités aux courtiers internationaux disposant d'un réseau en Inde, même si la flotte locale reste limitée.

La distinction entre l'origine de l'acheteur et la localisation du yacht revêt une importance commerciale. Une société de courtage n'a pas nécessairement besoin d'un vaste réseau de ports de plaisance nationaux pour servir une clientèle indienne, mais elle doit disposer d'une expertise en matière de fiscalité transfrontalière, de propriété et de gestion.

Pour que le marché local connaisse une expansion significative, les infrastructures doivent devenir plus faciles à utiliser. La richesse à elle seule ne suffit pas à compenser les difficultés liées à l’importation, à l’amarrage, à l’équipage et à l’entretien d’un bateau.

Les opportunités à court terme pourraient résider dans les petits yachts, les formules de location, l'accès en copropriété et les clubs nautiques qui permettent aux clients d'utiliser des bateaux sans avoir à assumer toutes les contraintes liées à la propriété. Ces modèles peuvent contribuer à familiariser le public avec ce secteur et à stimuler la demande, en attendant que les infrastructures physiques se mettent à niveau.

L'Afrique offre des opportunités spécifiques plutôt qu'un marché unique

Il ne faut pas considérer l'Afrique comme une seule et même région émergente dans le secteur du yachting. L'Afrique du Sud dispose de capacités importantes en matière de construction navale et d'activités maritimes, notamment dans le domaine des catamarans à voile, mais la demande intérieure en matière de propriété de yachts diffère de celle du Golfe ou de l'Asie.

Les îles de l'océan Indien, notamment les Seychelles et l'île Maurice, offrent un potentiel intéressant pour les croisières et la location de bateaux, tandis que certaines régions d'Afrique de l'Est pourraient se prêter à des itinéraires axés sur la découverte. Les infrastructures varient toutefois considérablement, et la logistique liée aux longs trajets peut s'avérer complexe.

La richesse de l'Afrique de l'Ouest a généré une certaine demande en matière de yachts, mais de nombreux propriétaires basent leurs bateaux en Europe, car les infrastructures locales en matière d'amarrage, d'entretien et de sécurité sont limitées. Comme en Inde, le marché des clients peut se développer à l'international avant que le marché national de la croisière n'atteigne sa maturité.

Les sociétés de courtage devraient aborder ces régions en s'appuyant sur des réseaux de clients et des propositions commerciales spécifiques, plutôt que d'ouvrir des bureaux en partant du principe que la croissance économique donnera naissance à un marché local classique.

Le marketing numérique facilite la découverte, mais les transactions restent une affaire personnelle

Les acheteurs des marchés émergents découvrent souvent les marques de yachts grâce à des vidéos, aux réseaux sociaux et à des visites virtuelles avant même de se rendre dans une marina ou d'assister à un salon nautique. La présentation numérique peut rendre un secteur peu familier plus accessible et permettre aux clients de comparer les agencements et les caractéristiques techniques en toute intimité.

Cela n'enlève rien au caractère relationnel de la transaction.

L'achat d'un yacht implique des questions relatives à la structure de propriété, à l'équipage, à l'assurance, à l'immatriculation, aux expertises techniques et à des dépenses récurrentes importantes. Les acheteurs novices, en particulier, ont besoin d'un conseiller prêt à leur expliquer pourquoi le prix d'achat ne représente qu'une partie de l'engagement financier global.

Les courtiers qui se lancent sur un nouveau marché devraient donc éviter de se contenter de s’appuyer uniquement sur des annonces traduites et des publicités ciblées. Pour asseoir leur crédibilité locale, ils doivent nouer des relations avec des avocats, des banques, des family offices, des conseillers en voyages de luxe, des exploitants de ports de plaisance et des propriétaires déjà installés.

Un contenu informatif peut s'avérer plus utile qu'une promotion directe. Expliquer les coûts d'exploitation annuels, les revenus liés à l'affrètement, les délais de livraison et les conditions de revente aide les acheteurs potentiels à déterminer si l'acquisition d'un bien leur convient. Cela permet également de filtrer les clients avant le lancement d'un processus de vente coûteux.

La discrétion reste de mise. Une grande visibilité publique peut susciter des demandes de renseignements, mais de nombreuses transactions importantes se concluent par le biais de réseaux privés et de présentations entre personnes de confiance.

L'acquéreur qui achète pour la première fois a besoin d'un plan d'accession à la propriété

L'erreur la plus courante sur un marché émergent est de partir du yacht plutôt que de son utilisation.

Un courtier doit tout d'abord déterminer où le client prévoit de passer son temps, combien de passagers voyageront à bord, si le bateau sera affrété, et si le propriétaire souhaite préserver son intimité, partir en exploration au large, organiser des réceptions ou accéder à des baies peu profondes.

Vient ensuite la question de la base d'exploitation. Y a-t-il un poste d'amarrage disponible, et quel en est le coût ? Le port de plaisance peut-il accueillir un yacht de cette longueur, avec ce tirant d'eau et répondant à ces besoins en alimentation électrique à quai ? Où se trouve le chantier naval adapté le plus proche ?

Le client doit ensuite établir un budget annuel complet. Les frais liés à l'équipage, au carburant, à l'entretien, aux assurances, à la gestion, à l'amarrage, aux communications et aux obligations réglementaires peuvent transformer un achat a priori abordable en une exploitation coûteuse. Un yacht utilisé dans deux régions différentes peut nécessiter un transfert saisonnier et des préparatifs supplémentaires.

Il convient de réfléchir à la revente avant même l'acquisition. Des aménagements intérieurs très personnalisés, des systèmes techniques inhabituels et des caractéristiques techniques conçues pour un marché restreint peuvent réduire le nombre d'acheteurs potentiels. Un primo-accédant aurait peut-être tout intérêt à opter pour un modèle de série ou semi-personnalisé reconnu, bénéficiant d'un réseau d'assistance bien établi et d'une demande résiduelle.

Une période d'essai avant l'achat constitue souvent l'étape la plus importante du processus. Elle permet de déterminer si le client privilégie la vitesse ou la stabilité, un service formel ou une utilisation décontractée, l'accès à un port de plaisance ou des mouillages isolés. Quelques semaines d'expérience éclairée peuvent éviter une erreur coûtant plusieurs millions d'euros.

Ce que les courtiers devraient tester avant de pénétrer un marché

Le premier indicateur n'est pas le nombre de millionnaires. C'est le nombre de yachts pouvant être amarrés, entretenus et revendus sur place.

Une agence de courtage doit recenser les ports de plaisance, les capacités de service, les chantiers navals, les règles relatives à la location, les options d'immatriculation et la disponibilité d'équipages qualifiés. Elle doit déterminer si les transactions concernent une utilisation locale ou si les clients achètent des yachts destinés à être exploités ailleurs.

Le critère suivant est la diversité des sources de revenus. Une petite agence régionale ne peut pas compter uniquement sur des ventes ponctuelles. La gestion, la location à la journée, le service après-vente, les services d'équipage et les conseils en rénovation peuvent générer des revenus récurrents pendant que le marché du courtage se développe.

Les partenariats locaux doivent être évalués avec soin. Un représentant disposant d'un bon réseau peut certes ouvrir des portes, mais il peut néanmoins manquer de connaissances techniques ou de systèmes de conformité adaptés. Les contrôles anti-blanchiment, la vérification de l'origine des fonds et le filtrage des sanctions revêtent une importance particulière sur un marché transfrontalier où circulent des montants élevés.

L'entreprise devrait également déterminer quelles catégories de yachts sont adaptées à la région. La vente du plus grand bateau disponible peut générer une commission ponctuelle ; en revanche, la vente d'un modèle qui peut réellement être utilisé et entretenu permet de fidéliser un client à long terme.

Les marchés émergents du yachting sont bien réels, mais leur croissance ne sera pas répartie de manière homogène. La région du Golfe développe un écosystème de propriété plus complet, la Turquie combine déjà production et croisière, et l’Asie du Sud-Est offre un cadre géographique exceptionnel au sein d’un environnement opérationnel fragmenté. L’Inde et la Chine recèlent un potentiel considérable, mais les infrastructures et la réglementation continuent de freiner la vitesse à laquelle la richesse se transforme en propriété locale.

Les gagnants ne seront pas les courtiers qui proposeront en premier le plus grand nombre d'annonces. Ce seront les agences qui comprendront où le yacht sera amarré, qui s'en occupera et pourquoi le client continuera à considérer cet achat comme rentable après la première saison.